La mangouste et la tortue
La Petite Mangouste indienne a été introduite volontairement en Guadeloupe en 1888 afin de lutter contre des rongeurs eux aussi introduits, comme les rats, qui ravageaient alors les plantations. Non seulement cette introduction n’a pas eu l’effet escompté mais elle s’est révélée particulièrement délétère pour la faune indigène – et parfois endémique. Cette espèce opportuniste est en effet capable d’adapter ses caractéristiques écologiques (régime alimentaire, habitats occupés) au milieu dans lequel elle est introduite, ce qui lui vaut d’être aujourd’hui classée parmi les 100 espèces les plus envahissantes au monde. Cette menace est d’autant plus prégnante sur les écosystèmes insulaires au sein desquels les mammifères prédateurs sont généralement rares, voire absents. Dès lors, les peuplements faunistiques indigènes ne développent pas, au fil de l’évolution, de parades adaptées à ce type de prédation et se retrouvent très vulnérables face aux nouvelles introductions.
En Guadeloupe, la Petite Mangouste indienne est notamment suspectée d’avoir contribué, avec d’autres mammifères prédateurs, à l’extinction du lézard Ameiva cineracea et à la quasi-extinction de deux espèces de couleuvres.
Dans les années 1990, de nombreuses prédations de nids de Tortues imbriquées par la mangouste avaient été constatées sur l’îlet Fajou, dans le Grand Cul-de-Sac Marin. En 2001, une importante campagne de piégeage a permis d’éradiquer la mangouste de l’îlet et de pérenniser les pontes de tortues. A cette époque, aucun autre cas de prédation de nid de tortue marine n’avait été recensé sur le reste de l’Archipel Guadeloupéen. Mais une dizaine d’années plus tard, les bénévoles du Réseau Tortues Marines de Guadeloupe ont constaté des cas de plus en plus nombreux de prédations de nids de tortues par la mangouste dans d’autres secteurs, au premier rang desquels le littoral de Port-Louis.
Afin d’améliorer les connaissances sur cette problématique et d’y apporter des solutions concrètes, l’ONCFS a accueilli de juin à septembre 2015 Cyril Cottaz, étudiant en Master I Gestion et Conservation de la Biodiversité à l’Université de Brest. Au cours de son stage, Cyril a suivi quasi-quotidiennement les pontes de tortues marines sur les plages de Port-Louis et y a relevé des taux de prédation par la mangouste atteignant, selon les secteurs, de 56 à 92 % des nids de tortues recensés!
Son travail a également permis d’obtenir de nombreuses informations sur les comportements de prédation des mangoustes (délai d’intervention après la ponte, horaires d’activité, nombre d’œufs prélevés par acte de prédation…) et de tester différentes méthodes de réduction de cet impact. Ainsi, des protections physiques (grilles) ont été disposées temporairement sur des nids et le principe « d’aversion gustative conditionnée » a également été testé : mise en place de faux œufs pimentés destinés à « dégoûter » les mangoustes de ce type d’aliment. Si ces méthodes ont apporté quelques résultats intéressants, c’est néanmoins le piégeage des individus qui apparait comme la solution la plus efficace. Après la capture de 37 mangoustes sur une partie de Port-Louis sud, plus aucune prédation de nids n’a été observée, même après plus d’un mois. Il est néanmoins probable que les mangoustes recolonisent ce secteur et que de nouvelles campagnes de piégeage doivent être entreprises, une éradication de l’espèce à l’échelle de la Guadeloupe restant illusoire à ce stade.
Alors que de nouveaux cas de prédation de nids par la mangouste ont été recensés dans d’autres secteurs de l’archipel, espérons que ce travail préliminaire permettra de mettre en place des actions conséquentes pour endiguer la menace.
Thomas Delhotal - ONCFS




