Le temps des émergences

Depuis mars, les tortues ont commencé à venir pondre sur nos plages et naturellement, après les pontes arrivent les émergences, c’est à dire la sortie du nid pour les toutes jeunes tortues.

Une sortie par étape…

L’émergence intervient après un temps d’incubation des œufs dans le sable compris entre 50 et 90 jours selon les espèces et la température du sable. L’éclosion a lieu dans le nid, sous le sable, il faut donc que les bébés tortues commencent par gravir les quelques dizaines de centimètres de sable qui protégeaient le nid.

Une fois la cohorte de tortues rassemblée à quelques centimètres sous la surface du sable, le signal de la sortie à l’air libre est donné par une diminution de la température du sable. Les nouveau-nés ne sont actifs que dans une fourchette de température restreinte : s’il fait trop chaud ou trop froid, le métabolisme des tortues ralentit jusqu’à empêcher tout mouvement. En remontant vers la surface, la température du sable augmente, ce qui freine l’activité des nouveau-nés. Ils ne redeviendront actifs qu’avec la baisse de la température, souvent en fin de journée ou la nuit, ou après une averse.

Et le plus souvent de nuit

L’avantage de cette sortie nocturne est que cela limite la prédation par les frégates, des oiseaux marins très friands de jeunes tortues, mais actifs uniquement la journée. D’autres prédateurs nocturnes peuvent s’attaquer aux tortues (bernard-l’hermite, crabes), mais ceux ci sont moins rapides et ne pourront pas capturer tous les nouveau-nés. Les plus vifs pourront donc parcourir la plage pour rejoindre la mer, en se guidant grâce à la luminosité naturelle de la mer et aux vibrations produites par les vagues.

C’est le début d’une longue épopée avant de pouvoir peut être un jour revenir sur cette plage pour pondre !

Attention, passage de tortillons !

Si vous avez la chance d’observer une émergence, ne perturbez pas les jeunes tortues. Les quelques mètres qu’ils effectuent sur le sable leurs permettent de s’imprégner des caractéristiques de la plage, et d’apprendre à coordonner leurs nageoires ; il faut donc laisser les jeunes tortues gagner la mer par eux même. S’ils semblent en difficulté, vous pouvez dégager l’espace devant eux ou éloigner les prédateurs éventuels, ainsi qu’éteindre ou masquer toute source de lumière artificielle qui pourrait les désorienter.

Pour rappel, les bons comportements à avoir face à des tortues : rencontre_tortue_marine

Merci aux bénévoles pour les signalements et les photos !

Opération sauvetage à Deshaies

Le 15 juillet dernier, une tortue verte en difficulté est signalée par un promeneur sur une plage de Deshaies. Alertée, l‘association le Gaïac s’est rendue sur place pour aider la tortue, qui était tombée dans une ravine creusée par le récent passage de l’onde tropicale Beryl.

La tortue, probablement piégée en essayant de creuser son nid la nuit précédente, était coincée dans des racines et branchages dont elle n’arrivait pas à sortir. Il a fallu les efforts conjugués des bénévoles du Gaïac et de deux promeneurs pour réussir à libérer et orienter vers la mer cette belle (et lourde !) tortue. Une fois libérée, et malgré la fatigue, la tortue s’est hâtée de retourner dans son élément, au grand soulagement de ses sauveteurs.

Une autre victoire en cette belle journée de coupe du monde ! Merci au Gaïac pour sa réactivité et la transmission des photos, et aux promeneurs pour l’alerte et l’aide apportée sur le terrain.

Le comptage trace : tout un art !

Tortue imbriquée ou tortue verte ? Ponte, pas ponte ? La nuit précédente, avant ? Mais qu’est ce qu’elle a fait cette tortue ?

Autant de questions que le patrouilleur est ou sera amené à se poser, face à une trace sur sa plage de suivis. Pour l’aider à y répondre, rien ne vaut l’expérience accumulée aux cours des saisons de suivis sur les plages, de l’observation des tortues et de leur comportement en ponte, parfois surprenant, toujours impressionnant.

Pour les nouveaux venus sur les plages, qui ne bénéficient pas encore de cette expérience terrain, trois sessions de formation théorique ont été organisées afin de leur dispenser les bases sur l’écologie des tortues, la méthodologie du suivi et les résultats qu’on en attend. Et pour la pratique, ne reste plus qu’à aller sur les plages, de bon matin ou de nuit, voir en pleine journée, ça peut être l’occasion de faire une rencontre inattendue !

Documentation disponible : Les tortues marines en Guadeloupe et Carnet_SuiviPonte_2018

Capture de mangoustes à Port Louis

La Petite Mangouste indienne a été introduite volontairement en Guadeloupe en 1888 afin de lutter contre des rongeurs eux aussi introduits, comme les rats, qui ravageaient alors les plantations. Non seulement cette introduction n’a pas eu l’effet escompté mais elle s’est révélée particulièrement délétère pour la faune indigène – et parfois endémique. En Guadeloupe, la Petite Mangouste indienne est notamment suspectée d’avoir contribué, avec d’autres mammifères prédateurs, à l’extinction du lézard Ameiva cineracea et à la quasi-extinction de deux espèces de couleuvres.

En ce qui concerne les tortues marines, la mangouste peut localement poser des problèmes en prédatant les nids. La situation avait d’abord été relevé sur l’îlet Fajou, et la mise en place d’une importante campagne de piégeage avait permis d’éradiquer la mangouste de l’îlet. Plus récemment, des cas similaires ont été signalés sur le littoral de Port Louis, conduisant à la tenue d’un stage sur la thématique en 2015 : Rapport Mangouste Cyril Cottaz

Parmi les différentes méthodes pour essayer de réduire l’impact de la présence de mangoustes (jusqu’à 90% des nids prédatés), le piégeage des individus est apparu comme la méthode la plus efficace puisque suite à la capture de 37 mangoustes, plus aucune prédation de nids n’avait été observée dans les mois suivants. Malheureusement, les mangoustes se déplacent et ont recolonisé le secteur de Port Louis.

Une nouvelle session de capture est donc mise en place, sous la forme d’un stage de trois mois. Alix Du Rour, étudiante en 1ère année de BTS Gestion et Protection de la Nature, est chargée de la mise en œuvre de ces captures durant son stage, sur le secteur de Port Louis Sud, ainsi que de la réalisation du suivi des pontes de tortues. Une formation à la capture a été au préalable dispensée par l’ONCFS, afin que les agents puissent participer à la campagne, côté Guadeloupe mais aussi Martinique, où la même problématique est présente.

Et en complément de ce stage, une étude est menée par Vivien Louppe, doctorant au Museum National d’Histoire Naturelle de Paris sur la mobilité de l’homme et son impact sur l’environnement par l’étude de la dispersion et de l’adaptation des carnivores sauvages invasifs aux Antilles. Dans ce cadre, une collaboration a été mise en place pour effectuer des prélèvements sur les mangoustes capturées, et pour la pose de pièges photos qui doivent permettre d’en savoir plus sur le comportement des mangoustes. Avec déjà quelques résultats :

Sargasses et tortues marines

Difficile d’y échapper : cette année, les arrivages de sargasses sur le littoral sont massifs, et apportent leur lot de problèmes sanitaires et économiques. Et les tortues dans tout ça ?

Même si ce n’est pas la première fois que le problème se pose en Guadeloupe (le premier épisode d’échouage massif a eu lieu en 2011), cela reste un phénomène relativement récent sur lequel on a assez peu de recul en Guadeloupe et dont les effets dépendent de la quantité d’algues concernées et de leur gestion.

Plusieurs impacts ou risques sur les tortues marines ont pu être identifiés jusqu’à présent :

  • En mer, près des côtes, une forte concentration en sargasse peut provoquer un blanchissement des herbiers et la mort des invertébrés présents dans ces écosystèmes, du fait de la diminution de la teneur en oxygène et du pH de l’eau, et de l’augmentation de son opacité.
  • Sur les plages, quand l’épaisseur d’algues est importante, elle peut provoquer une gêne pour les émergences qui auront plus de mal à regagner la mer. Les adultes sont généralement à même de passer la barrière de sargasse pour pondre en haut de plage, sauf en cas de présence massive d’algues à la fois en mer et sur la plage. Cela pourrait impliquer un report de la ponte sur une plage voisine moins touchée.
  • En lien avec le ramassage : les sites de ponte des tortues marines peuvent être détruits par le ramassage, si celui-ci n’est pas réalisé correctement. En effet, la circulation d’engins mécaniques sur la plage entraine le tassement du sable et la destruction de la végétation. Le ramassage non sélectif (avec une pelle mécanique par exemple) enlève autant de sable que de sargasses, accélérant le phénomène d’érosion du littoral, au risque de voir à terme la disparition de la plage. Enfin, le stockage des algues ramassées est parfois effectué en haut de plage, équivalent à la zone de ponte potentielle, empêchant ainsi toute sortie du nid pour des jeunes tortues, ou tout accès à la zone de ponte pour les femelles adultes.

Que faire ? Des solutions existent pour pallier aux différentes situations :

  • Consignes pour un ramassage adapté : guide de ramassage des sargasses en Guadeloupe
  • Consignes en cas de rencontre d’une émergence en difficulté : Avant toute intervention, appelez le réseau tortues marines de Guadeloupe : 0690 740 381, qui pourra prévenir un membre du réseau habilité à intervenir ou vous donner les consignes à suivre. La sortie du nid pour rejoindre la mer est une étape importante pour les bébés tortues, qu’il ne faut pas perturber ou interrompre. Vous pouvez en revanche, s’ils semblent en difficulté, dégager un peu l’espace entre le nid et la mer pour leur faciliter la tâche.
  • En cas d’observation d’une ponte sur une plage impactée : Si vous constatez une ponte sur une plage touchée par les sargasses, et où un ramassage est organisé, merci de le signaler au réseau ; une signalétique pourra être mise en place, pour éviter un passage d’engins ou un stockage d’algues sur le nid.

Pour plus de précisions, vous pouvez consulter la fiche suivante : QUELS RÉFLEXES AVOIR EN CAS D’OBSERVATIONS EN LIEN AVEC LES TORTUES

En gardant toujours à l’esprit :

- qu’il est primordial de ne pas se mettre en danger, que ce soit pour réaliser des suivis ou pour intervenir sur des tortues ;

- que les tortues marines sont des espèces protégées, leur manipulation ne peut se faire que par une personne formée et habilitée par arrêté préfectoral.

Pour aller plus loin :

– Un rapport du bureau d’étude impact mer sur les conséquences des sargasses sur la biodiversité littorale : Impact_des_sargasses_pélagiques_sur_les_mangroves,_herbiers_et_stocks_de_poissons_-_Martinique

– Le rapport d’un stage effectué en 2015 sur la thématique : Gestion des échouages de sargasses – Chloé Maladry

 

Saison de ponte 2018 : mode d’emploi

Ca y est, les premières traces de tortues luth ont été observées ! La saison 2018 est donc officiellement lancée, en espérant qu’elle soit riche en pontes et en observations.

Le suivi des pontes sur les plages commence lui aussi. Une première réunion a eu lieu pour s’accorder sur les protocoles et l’organisation, à destination de tous les acteurs du RTMG. Si vous souhaitez participer aux suivis, en fonction de votre lieu de résidence vous pouvez contacter le référent de votre secteur, qui vous indiquera les besoins et la marche à suivre. En complément, le protocole de suivi des pontes sur l’archipel à destination des volontaires, pour la saison 2018 : Carnet_SuiviPonte_2018

Si vous avez la chance d’observer une ponte, n’oubliez pas la charte de bonne conduite, afin de ne pas perturber la tortue. Et pour des sorties d’observation respectueuses et instructives, n’hésitez pas à faire appel aux prestataires partenaires du réseau.

Merci à toutes les associations, institutions et bénévoles toujours mobilisés et actifs sur les plages !

Une école de Saint Claude à la découverte du littoral et de ses différents paysages

Pour faire prendre conscience de la diversité du littoral guadeloupéen et de son caractère instable, l’école Saint Joseph de Cluny a décidé de monter un projet éducatif pour ses CP, CE1 et CE2. Plusieurs sorties ont été programmées sur l’année scolaire, pour apprendre à observer et apprécier son littoral, en partenariat avec le Parc National.

Elément incontournable des plages de Guadeloupe, les tortues marines ont fait l’objet d’une matinée complète d’animations, avec la présence de l’association Evasion Tropicale, du PNG et de l’ONF. Au programme, un conte sur le sauvetage d’une tortue, la découverte de leur milieu de ponte et du travail des associations, la reconnaissance des différentes traces, les caractéristiques de chaque espèce et une course en relai pour aller pondre et revenir à la mer, en évitant mangouste, déchets, chien et lumières : un vrai parcours du combattant !

De quoi contribuer à changer le regard des enfants sur leur environnement, et donner l’envie d’agir en jeune citoyen responsable.

Réunion d’information pour le début de la saison de ponte 2018 !

Le début de la saison de ponte 2018 approche à grands pas, et avec lui le début des suivis.

L’équipe d’animation propose donc à toutes les personnes intéressées pour participer aux suivi des pontes sur les plages de participer à une réunion d’information. Celle-ci aura lieu le mercredi 7 mars à 17h30, sur le site de la DEAL Dothémar, aux Abymes. Le site étant sécurisé, nous vous invitons dans la mesure du possible à arriver en avance (à partir de 17h) et jusqu’à 17h30 au maximum, car la porte d’accès principale se ferme automatiquement.

A l’ordre du jour, rapide présentation du RTMG et de son fonctionnement, information sur le protocole de suivi des pontes retravaillé avec les scientifiques spécialistes du domaine, organisation et points divers sur les procédures.

N’hésitez pas à venir vous renseigner et échanger avec les membres du réseau !

La mer en fête à Marie Galante

L’Association des Marins et des Amis du Pays de Marie Galante (AMAPMG) organisait, les 20 et 21 janvier, la fête de la mer de Marie Galante.

Au programme, un village des pêcheurs le samedi, avec expositions, dégustations, jeux et stands d’information sur les tortues, mais aussi sur la gestion des déchets, les techniques de réalisation de nœuds, la présentation des activités de l’association. Le dimanche était consacré à la messe des marins et à la procession, suivis d’un repas de clôture.

Une belle occasion pour le RTMG de parler des tortues marines et de leur préservation. La journée a permis de sensibiliser un public varié, entre habitants, enfants et touristes, sur l’île accueillant quelques uns des plus gros sites de ponte de l’archipel guadeloupéen.

Étude sur les herbiers de Malendure

Une thèse est actuellement menée par Elisabeth Whitman à l’université de Floride, sur l’écologie comportementale des tortues vertes en alimentation et ses implications pour la dynamique de l’écosystème marin et l’invasion d’Halophila stipulacea.

Dans le cadre de ses recherches, Elisabeth s’est rendue plusieurs fois en Guadeloupe pour faire des suivis sur la plage de Malendure. Suite au cyclone Maria qui a touché la Guadeloupe en septembre, un suivi des tortues et des herbiers de la baie a été organisé. Pendant une semaine, des volontaires et des agents du PNG, de l’ONF et de la DEAL se sont relayés sur le terrain pour compléter l’équipe de l’université de Floride et collecter des données en PMT. Le long d’un transect de 500m à partir du bord, chaque tortue croisée faisait l’objet d’un relevé, avec sa position GPS, son activité et la présence ou non d’herbier autour d’elle, et si oui quelles espèces le composaient.

Grâce à la comparaison de ces données avec celles de 2016, il a été possible d’observer un changement de distribution des tortues, possiblement corrélé à la disparition des herbiers dans les eaux peu profondes. Une publication scientifique sur le sujet est en cours de rédaction. A suivre donc.

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