Mauvaise nouvelle pour les tortues luths

L’impressionnante ponte d’une tortue luth, un spectacle qui devient de plus en plus rare sur les plages de la région Atlantique Nord Ouest (Caraïbes et Amérique centrale) : c’est la conclusion d’une étude menée par un groupe de travail du WIDECAST, qui a compilé les données de 17 pays et territoires de la région, sur plus de 10 ans.

Des évaluations antérieures de l’état de la population de tortues luths de l’Atlantique Nord Ouest avaient conclu que la population était abondante et stable, mais plus récemment les personnes en charge du suivi des pontes dans la région se sont inquiétés d’un nombre plus faible de ponte. Une étude a donc été lancée afin de regrouper les données existantes, de les analyser et de fournir des recommandations pour la conservation de la population. Les données utilisées sont celles issues de sites avec au moins 10 années de suivis, dont celles de Guadeloupe donc, mais aussi celles de sites de pontes majeurs pour cette espèce, comme la Guyane, Trinidad, le Panama ou la Floride.

Les résultats sont inquiétants : dans l’ensemble, la tendance régionale est à la baisse, et de manière plus prononcée sur un pas de temps plus court (2008 à 2018). Le déclin important observé sur le site d’Awala Yalimapo (Guyane), ainsi qu’au Suriname, à Tortugero ou encore sur Saint Kitts, a en grande partie conduit cette baisse au niveau régional. L’analyse site par site révèle tout de même des disparités selon les localités et l’échelle de temps considérée. Ainsi en Guadeloupe, l’analyse de l’ensemble de la série de données montre une tendance à l’augmentation, et pas de tendance significative sur la période 2008 à 2018, contrairement à la majorité des autres territoires où la baisse est particulièrement marquée sur cette période.

Les principaux facteurs pouvant expliquer cette tendance qui ont été relevés par les auteurs : les prises accessoires dans les engins de pêche qui influencent directement la mortalité des femelles reproductrices, l’érosion du littoral qui diminue les surfaces de ponte et des possibles modifications des traits d’histoire de vie (nombre de ponte / femelle, intervalle entre deux ponte et entre deux saisons de ponte, changement de site de ponte) qui pourraient provoquer des fluctuations du nombre de nids recensés d’une année à l’autre, voir sur plusieurs années.

L’ensemble de l’étude est disponible ici (en anglais) : 16-NWA-leatherback-status-report-FINAL

 

Résultats de l’étude sur les données issues de la pose de bagues en Guadeloupe

Depuis le début des suivis de l’activité de ponte des tortues marines en Guadeloupe, en 2000, des bagues métalliques numérotées ont été posées sur les nageoires avant des tortues marines. Cette méthode permet de différencier les individus, et donc de reconnaitre une tortue qui viendrait plusieurs fois sur nos plages. Malgré les nombreuses connaissances qu’a pu apporter cette méthode de suivi, elle est aujourd’hui remise en question : problème d’éthique, risque de dérangement de la tortue, possible porte d’entrée pour des agents pathogènes, perte des bagues avec le temps.

Pour connaitre précisément les apports de cette méthode en termes de nouvelles connaissances scientifiques, une étude sur les 20 années de données de marquage a été conduite par l’association Chélonée, en partenariat avec Evasion Tropicale et Marc Girondot, de l’université Paris Sud.

Les résultats de l’étude sont disponibles ici :

De bons résultats ont été obtenus sur des questions de fidélité au site de ponte, d’intervalle entre deux pontes et entre deux saisons de pontes, sur le taux de perte des bagues ou encore sur la taille moyenne des individus.


Les données récoltées n’ont par contre pas permis d’estimer des paramètres fondamentaux en terme de dynamique de population, tels que le taux de croissance, la survie et la taille totale des populations. La biologie très complexe des tortues marines et la configuration des plages en Guadeloupe (nombreuses petites plages) font que la probabilité de ré observation d’un animal marqué est faible. Or, seul un taux important de ré observation permet d’obtenir des résultats fiables lors d’analyses sur la dynamique des populations.

En conclusion de cette étude, au niveau scientifique, si les informations que l’on souhaite à présent obtenir concernent les tendances d’évolution des populations en ponte, il est plutôt conseillé de poursuivre le suivi des traces sur les plages de manière aussi précise et exhaustive que possible. La pose de bague n’apportera pas plus d’informations que celles que l’on a déjà, même si il reste intéressant de travailler à développer des méthodes d’identification des individus non invasives.

 

Des tortues et des filets

Les interactions entre les tortues marines et les engins de pêche sont malheureusement nombreuses, et ce sont bien souvent les tortues qui en font les frais, retrouvées échouées sur nos plages et généralement mortes. Heureusement, parfois la vigilance des usagers de la mer permet de secourir à temps les animaux pris au piège.

Quand les plongeurs de la gendarmerie portent secours au monde aquatique

Le mercredi 22 mai 2019, dans le cadre d’un stage de formation, les militaires effectuent une plongée dans la réserve de l’îlet Fajou. Au cours de cette immersion, la palanquée découvre un filet posé le long du tombant de la réserve avec un marquage surface. La zone est interdite à la pêche, le filet est remonté. De nombreux poissons y sont découverts mais aussi un requin nourrice d’environ 1,50 mètre. Encore vivant, il est libéré et relâché. Poursuivant la remontée du piège, c’est une tortue imbriquée qui est découverte. Elle est inanimée mais elle réagit aux tests réflexes que lui font les sauveteurs qui connaissent les manœuvres de réanimation (formation à l’intervention sur une tortue marine, dispensée par le RTMG). L’animal reprend une respiration faible mais autonome, elle reprendra sa liberté après avoir été vue par un vétérinaire. Une seconde tortue est remontée. Elle est également inanimée mais malheureusement ne réagit à aucun des tests qui lui sont faits.
Toujours sur les lieux, nos gendarmes constatent l’arrivée sur la zone d’un bateau de pêche avec 4 personnes à bord s’affairant à remonter un filet. Dans ce deuxième filet se trouve entre autres une autre tortue verte encore vivante. Elle est immédiatement remise à l’eau.


Au final, nos plongeurs – gendarmes – secouristes ont sauvé 2 tortues, un requin et un poisson encore vivant.
Pour ce qui est de nos braconniers la sortie en bateau est beaucoup moins agréable car outre la saisie (dans l’attente d’une décision) des filets et de l’embarcation plusieurs infractions ont été relevées à leur encontre, dont la pêche dans une zone interdite et la destruction d’une espèce protégée.
Une association de protection de l’environnement marin et le parc national ont porté plainte dans le cadre de ces faits.

La vigilance d’un ancien pêcheur

Un pêcheur professionnel à la retraite et plongeur a découvert, le samedi 25 mai, une tortue marine en mauvais état en mer, à 5 mètres de profondeur. La voyant blessée et en grande difficulté, il décide de la remonter sur son bateau et de la ramener au port de Sainte Rose. Le RTMG est prévenu, et des membres de l’association To-Ti-Jon se rendent sur place pour évaluer l’état de la tortue. Prise dans un filet de pêche, la tortue avait réussi à se dégager mais avait encore de nombreux fils pris dans sa chair, et de nombreuses blessures.

Ne pouvant être remise à l’eau en l’état, un transport au centre de soin est effectué. Le docteur Evva a réalisé l’examen de la tortue et les radios pour effectuer un diagnostic : un oeil perdu, et une amputation nécessaire de la nageoire avant gauche. Après l’opération la tortue, baptisée Antigua, se repose au centre de soin, avec l’espoir qu’elle se rétablisse.

 

Merci à tous les intervenants de ces opérations, les gendarmes, les usagers de la mer, les bénévoles du réseau, le vétérinaire Evva et le centre de soin, sans qui ces sauvetages n’auraient pu avoir lieu !

Formation à Marie Galante

Le 24, 25 et 26 mai a été organisé un weekend de formation au suivi des tortues marines en ponte, sur l’île de Marie Galante.

Avec l’arrivée de nouveaux bénévoles au sein du réseau, et sur des secteurs où les pontes ne sont pas toujours très abondantes, le besoin d’une formation complémentaire est ressorti. C’est chose faite ce weekend sur les plages de Marie Galante, où 6 bénévoles de Guadeloupe et 8 bénévoles de l’association marie galantaise Ecolambda ont pu participer à une formation sur le suivi des tortues marines.

Deux heures de théorie, deux sessions de comptages traces, deux de suivis nocturnes (parfois très tardifs !) et beaucoup de kilomètres parcourus, le tout dans la bonne humeur et une même passion pour nos discrètes camarades aquatiques !

Sauvetage à Vieux Fort

Une tortue luth libérée d’un cordage de casier grâce à des pêcheurs de Vieux-Fort !

Une information transmise par l’association Kap Natirel :

Samedi matin, le 11 avril, Jean-Pierre et Jeannot, de retour de pêche, détectent une tortue de grande taille, emmêlée dans des bidons de casier, entre Trois-Rivières et le phare. Ils essaient d’abord de la libérer depuis le bateau, mais devant la puissance de l’animal, rentrent au port d’Anse Dupuy à Vieux-Fort, pour chercher de l’aide.

Heureusement à l’Anse Dupuy, de l’aide il y en a, de la solidarité aussi. Par une efficace chaîne de coups de fil, l’association Kap Natirel est contactée rapidement, et sur place peu après. Deux bénévoles dont la Présidente de Kap Natirel – Caroline Cestor- embarquent alors, guidées par les pêcheurs, pour retrouver l’animal. Localisé facilement car heureusement proche de la surface, il est identifié comme une tortue luth, animal pélagique pouvant mesurer presque 2m et pesant sur terre plusieurs centaines de kilos.

Après 45 minutes d’un minutieux désempêtrement, l’animal est libéré, avec plus de peur que de mal, et surtout sans emporter de cordages qui pourrait la condamner à moyen terme.


Il s’agissait d’une femelle adulte, probablement venue proche de nos côtes pour pondre. En Guadeloupe, la saison de pontes des tortues luth s’étend de mars à mai, avec moins d’une centaines de nid chaque année. Les captures accidentelles de tortues luth dans les cordages à cette saison sont réguliers et malheureusement souvent fatals, comme celle trouvée à Rivière-Sens en avril 2017.
Cette opération a pu réussir grâce à l’application de techniques particulières, utilisées pour désenchevetrer les grands cétacés. Les personnes de l’association qui sont intervenues, sont expérimentées, formées et autorisées à manipuler ces espèces protégées. Il n’est pas recommandé d’agir seul dans de telles situations, pour la sécurité des manipulateurs comme pour la survie de l’animal. Cela n’aurait pas été possible sans l’apport précieux des pêcheurs et des sympathisants qui ont facilité la circulation d’informations, pour agir vite.
Grand merci aux pêcheurs et aux bénévoles de Kap Natirel, à leur temps et leurs réflexes et à tous ceux qui ont contribué à ce beau sauvetage.

 

A la recherche de Cherry

Une tortue imbriquée adulte, nommée Cherry, a fait l’objet d’un programme de suivi par satellite et se trouve probablement actuellement vers les Saintes / le sud de la Basse Terre. La balise satellite a été posée sur la tortue à la Barbade en septembre 2018 pendant la ponte, et la tortue a été suivie par satellite jusqu’en Guadeloupe, où elle était toujours à la fin du mois de février.

The University of the West Indies, basée à la Barbade, est à l’initiative de la pose de la balise, et est preneuse de toute information concernant cette tortue (le suivi satellitaire est terminé). Si jamais vous voyez une tortue imbriquée adulte avec une balise posée sur le dos, ou un reste de balise, et baguée WE6606/WE6603, merci de nous faire remonter l’information, qui sera transmise à l’UWI.

Ouvrez l’œil sous l’eau !

Braconnage en Guadeloupe

Une tortue a été retrouvée en grande difficulté mercredi dernier sur la côte du Moule, une flèche de fusil sous marin plantée dans la carapace. Alerté, le RTMG est intervenu, et le centre de soin est venu récupérer la tortue pour l’amener au cabinet vétérinaire du Dr Evva. Malgré une prise en charge très rapide, la tortue a succombé à ses blessures, révélées par radios : perforation du poumon gauche et des voies digestives, et présence d’un hameçon au niveau de la gorge.

Une procédure va être lancée par le Service Mixte de Police de l’Environnement, pour acte de braconnage ayant entraîné la mort d’une espèce protégée. Un acte passible de jusqu’à deux ans d’emprisonnement et 150 000 € d’amende. Pour rappel, les tortues marines sont des espèces intégralement protégées car menacées d’extinction, menace principalement due à leur surexploitation passée pour la consommation et l’artisanat.

C’est le deuxième cas récent de braconnage en chasse sous marine relevé, un cas similaire s’étant produit en 2017 à Petit Bourg. Là aussi, la tortue avait succombé à ses blessures. Une fois de plus, on ne peut que constater que malgré les campagnes d’information et près de 30 ans de protection des tortues marines sur l’archipel, le braconnage reste malheureusement une bien triste réalité.

Lancement de la saison de ponte 2019 !

Une partie du Réseau Tortues Marines de Guadeloupe s’est réuni ce samedi 23 février pour préparer ensemble la saison de ponte 2019, qui devrait commencer dès le mois de mars avec l’arrivée des tortues luths sur nos plages.

Habilitations pour intervenir sur les tortues marines (qui sont intégralement protégées et qu’on ne peut donc approcher sans une dérogation nominative), protocoles, vie de réseau : autant de thèmes qui ont été abordés, pour que les suivis, l’information du public et les interventions se passent au mieux.

Pour aller plus loin, le guide de suivi des pontes de tortues marines : Carnet_SuiviPonte_2019

Et si vous souhaitez vous investir au sein du réseau, n’hésitez pas à contacter le référent le plus proche de chez vous !

Merci aux nombreux bénévoles qui ont répondu présent, et aux éditions Petit Le Brun pour leur accueil.

Grand nettoyage des sites de ponte en nord Basse Terre

Une belle action de protection des sites de ponte et de sensibilisation du grand public ce dimanche 24 février : l’association le Gaïac a convié ses bénévoles et toute personne souhaitant œuvrer à la préservation de l’habitat des tortues marines à participer à une action de nettoyage des sites de ponte du nord de la Basse Terre.

Les mots du Gaïac :

« Un vrai succès ! Voici le nettoyage des plages de ponte du dimanche 24 février en chiffres :
– plus de 70 participants : 15 adhérents, 44 volontaires (accompagnés souvent de leurs enfants) et une douzaine de jeunes motivés par leurs professeurs de SVT du lycée de Sainte-Rose ;
– Une longueur de plage et d’arrière plage nettoyée de plusieurs km, de Tillet à Pointe Allègre ;
– Plus de 40 sacs de 100L de déchets plastiques et cannettes récoltés, sans compter plusieurs dizaines de bouteilles en verre recyclées, des bidons d’huile, un ventilateur, un tancarville, et de quoi remonter quasiment une voiture entière : volant, amortisseur, 6 pneus…

Merci encore aux volontaires et aux adhérents qui ont répondu « présents», nous n’hésiterons pas à réitérer l’opération, et nous vous attendons maintenant nombreux pour nous épauler sur le suivi des pontes ! 

Pour le soutien logistique, remerciements aux services des mairies de Deshaies et Sainte-Rose, et à Surfrider-Antenne Guadeloupe qui ont joué le jeu.« 

Et merci au Gaïac pour l’organisation de cette belle opération !

Opération sauvetage : Anegada

Deux bonnes nouvelles !

Le centre de soin, géré par l’association IGREC Mer, est de nouveau opérationnel. Après une fermeture pour travaux et réaménagement, le centre peut de nouveau accueillir des pensionnaires pour permettre leur rétablissement. Et ça tombe bien, parce que la première pensionnaire est déjà là !


Une belle opération de sauvetage grâce au réseau

Dimanche 3 février, en fin d’après midi, un particulier alerte le réseau (via le numéro d’urgence, 06 90 74 03 81) car sur la plage de Roseau se trouve une petite tortue en difficulté : elle s’est échouée et est incapable de repartir à l’eau. Une patrouille de la gendarmerie, présente sur les lieux, veille sur la tortue en attendant l’arrivée de Caroline Cremades. Le vétérinaire de la clinique des Orchidées, le docteur Lévêque, qui a pris en charge plusieurs fois des tortues en l’absence de centre de soin, donne son accord pour un transfert de la tortue à son cabinet : le transport est organisé par les agents ONF, et les premiers soins administrés dès le dimanche soir.

La tortue est une tortue imbriquée juvénile, de 1.8 kg, très affaiblie et présentant des signes d’infection. La radio ne décèle aucune anomalie. Comme la tortue nécessite une convalescence, le centre de soin est sollicité pour prendre en charge la tortue, malgré le fait qu’il ne soit pas encore officiellement rouvert. Ce sera chose faite dès le mardi, et la jeune tortue, nommée Anegada, s’y repose actuellement. Elle s’alimente et commence à se rétablir, dès qu’elle sera suffisamment en forme elle sera remise dans son milieu naturel.

Merci aux particuliers sur la plage et aux gendarmes, aux agents ONF, au docteur Lévêque et au centre de soin pour cette belle opération de sauvetage !


Pour signaler une tortue en difficulté : numéro d’urgence RTMG 06 90 74 03 81 et/ou centre de soin de l’aquarium de Guadeloupe, 05 90 90 92 38.