Lagueux CJ, Campbell CL, Strindberg S (2014) Artisanal Green Turtle, Chelonia mydas, Fishery of Caribbean Nicaragua. PLOS ONE

Pêche au Nicaragua

Tristes nouvelles en provenance du centre pour la recherche sur les tortues marines Archie Carr (ACCSTR) de l’université de Floride. Un programme monté depuis plusieurs décennies met en place la collecte des bagues de tortues pêchées le long de la côte caraïbe du Nicaragua, et certaines de ces tortues viennent de Guadeloupe : ce sont jusqu’à présent 15 bagues FWI qui ont été récupérées depuis 2006, qui correspondent à 10 tortues baguées sur nos plages.

Parmi ces tortues, quasiment toutes sont des tortues imbriquées : Auberte, Mélusine, Oufti, Cowabuga, Windia, Cheetah, et tout récemment Feuillette (baguée en 2013 sur Trois Ilets) et Mansu (baguée en 2012 sur les Galets), seule tortue verte de la liste. Ces deux dernières tortues ont été capturées en fin d’année 2017, et l’information est remontée à l’université de Floride en milieu d’année suivante.

La raison de ces captures : le Nicaragua a une pêche légale aux tortues vertes ouverte pendant 8 mois de l’année, uniquement à des fins de subsistance (fournissant un revenu et une nourriture directe aux pêcheurs et à leurs familles).  Malheureusement la réglementation de la pêche est peu appliquée, ce qui conduit à une pêche non durable et sur toute l’année. Bien que protégées, les tortues imbriquées et caouannes sont souvent capturées accidentellement dans des filets destinés à capturer des tortues vertes, en plus de subir du braconnage direct pour leur viande et l’utilisation de leurs écailles.

Selon une étude de Lagueux CJ, Campbell CL, Strindberg S (2014) sur les pêcheries du Nicaragua, entre 1991 et 2011 ce sont environ 8 000 tortues vertes par an qui ont été pêchées. Les herbiers marins (principale ressource alimentaire des tortues vertes) présents sur le vaste plateau continental au large de la côte caraïbe du Nicaragua seraient parmi les plus vastes des Caraïbes, voire du monde. En dépit d’une longue histoire d’exploitation par les communautés locales et les flottes étrangères, la côte caraïbe du Nicaragua est toujours une zone d’alimentation, de développement, de nidification ainsi qu’un couloir de migration pour ce qui a été estimé comme le plus grand regroupement alimentaire de tortues vertes de l’Atlantique. La baisse constatée du taux de capture dans la région est donc inquiétante, laissant penser à une surexploitation de la ressource dans cette zone, qui pourrait se répercuter sur les sites de ponte de la caraïbe.

Merci à l’université de Floride et aux pêcheurs locaux pour la transmission des informations, et pour le travail effectué pour trouver des solutions alternatives à la surpêche des tortues.