Trichechus manatus - © US Fish and Wildlife Service Southeast Region

La mégafaune marine : des espèces menacées mais indispensables aux écosystèmes

La mégafaune marine est constituée de l’ensemble des espèces de plus de 45 kg que l’on retrouve dans les mers et les océans telles que les baleines, les requins, les phoques et les tortues marines. Aujourd’hui, un tiers de ces espèces est menacé d’extinction alors qu’elles ont des rôles essentiels pour les écosystèmes marins. Parmi ces rôles, on peut citer le transport de nutriments entre habitats, la régulation de certaines espèces ou la modification physique des habitats. Chaque espèce a des rôles différents qui dépendent de son écologie: son régime alimentaire, la distance qu’elle parcourt ou sa taille par exemple. Ce sont les traits fonctionnels de l’espèce.

 

Adapté de Pimiento et al., 2020

Adapté de Pimiento et al., 2020

Une équipe de scientifiques a répertorié les traits fonctionnels de toutes les espèces composant la mégafaune marine afin de mesurer leur contribution aux écosystèmes et de prévoir les conséquences de leur extinction. Ils ont alors créé un indicateur mesurant l’importance de chaque espèce pour les écosystèmes en prenant en compte le niveau de menace sur ces espèces. C’est l’indice « FUSE » qui évalue à quel point une espèce est « fonctionnellement unique, spécialisée et en danger ».

 

Si une espèce a un indice « FUSE » important, cela signifie qu’il n’existe probablement pas d’autre espèce qui remplisse le même rôle au sein des écosystèmes. Son extinction aurait donc des impacts directs importants et pouvant amener à des dégradations en cascade de la qualité des écosystèmes. C’est le cas des tortues vertes, espèce ayant l’indice « FUSE » le plus important de toute la mégafaune marine (suivie de près par le lamentin). Ce résultat est dû à l’écologie particulière de cette espèce, herbivore, benthique et ayant aussi besoin du milieu terrestre pour sa reproduction, associée aux nombreuses menaces auxquelles elle fait face : modification des habitats côtiers, pollution, capture accidentelle, changement climatique.

 

© Isabelle Monnier

Tortue verte © Isabelle Monnier

Plus largement, les résultats de l’étude montrent que la redondance des traits fonctionnel est faible au sein de la mégafaune marine. Cela signifie que peu d’espèces remplissent le même rôle dans les écosystèmes. Ainsi, la perte d’espèces fait perdre des fonctions écologiques uniques. Les auteurs de cette étude espèrent que cet indice pourra permettre de mieux prioriser les actions de conservation.

 

 

Pour plus d’informations :

Un autre article de vulgarisation sur l’étude

L’article scientifique correspondant (en anglais) : Pimiento et al. (2020) Functional diversity of marine megafauna in the Anthropocene. Science Advances, 6 (16), DOI: 10.1126/sciadv.aay7650