Tortue verte atteinte de fibropapillomatose en baie de Malendure ©A. Zeni

La Fibropapillomatose des tortues marines en Guadeloupe

La Fibropapillomatose est un virus de la famille des herpès qui se propage en proportion épidémique sur plusieurs espèces de tortues marines à travers le monde. Décrite pour la première fois sur une tortue verte (Chelonia mydas) en Floride en 1938 (Smith et Coates 1938), la maladie se détecte par l’observation macroscopique de masses cutanées bourgeonnantes qui, selon leur localisation et leur ampleur, peuvent provoquer la mort des tortues.

Tortue verte morte en mars 2008 dans la baie du bourg de Bouillante et présentant des tumeurs dans les régions axillaires et inguinales, le cou et les yeux (photos Association Evasion Tropicale)

Dans les Caraïbes, l’expansion brutale de la maladie sur les tortues vertes survient au milieu des années 80, soit 5 ans après les épizooties survenues à Hawaï et en Floride (Williams et al. 1994). A Hawaï, le taux de tortues vertes atteintes de Fibropapillomatose est en effet passé de 26% à 53% en 10 ans. La gestion de la maladie en Guadeloupe apparaît donc primordiale. Un rapport faisant l’état des lieux des connaissances au niveau mondial et de la maladie en Guadeloupe a été commandé et financé par l’ONCFS.

En Guadeloupe, la maladie touche essentiellement la population de tortues vertes s’alimentant sur les herbiers de la Baie de Malendure. Sur ce site, l’Association Evasion Tropicale (AET) mène un suivi scientifique depuis 2003. Ces travaux révèlent une nette augmentation depuis 2011 du nombre de tortues vertes observées dans la baie (158 individus sont identifiés à ce jour) et un premier cas de Fibropapillomatose détecté en 2003. Le suivi individuel de chaque tortue par photographie des écaillures depuis la surface a permis de suivre l’évolution de la maladie. Entre 2012 et 2014, le nombre de tortues vertes atteintes de Fibropapillomatose est ainsi passé de 12.8% à 15.7%. Dans de nombreux cas (48% des cas), on observe une progression de la taille et du nombre de tumeurs au cours du temps.

Cas d’une évolution rapide de la maladie chez une tortue verte entre mai (à gauche) et octobre 2013 (à droite) (photos Association Evasion Tropicale)

Chez certains individus en revanche (24% des cas), la maladie régresse naturellement.

Cas d’une régression de la maladie chez une tortue verte entre avril 2013 (à gauche) et mai 2014 (à droite) (photos Association Evasion Tropicale)

Enfin, à un stade avancé de la maladie, l’activité des tortues est ralentie et leur carapace se couvre peu à peu d’algues.

L’individu 1007, observé en 2012 avec de grosses tumeurs à l’arrière du corps et dans les yeux, est retrouvé mort l’année suivante, pris accidentellement dans un filet . Le développement d’algues sur sa carapace témoigne de sa faible activité (photos Association Evasion Tropicale)

Depuis 5 ans, la Baie de Malendure connaît un accroissement de la fréquentation touristique et locale, générant une augmentation des nuisances sonores, des déchets plastiques et des polluants. L’écoulement récurrent des eaux usées et le ruissellement des eaux de pluie, associés à la croissance de l’urbanisation et de l’exploitation des alentours de la plage, à la colonisation de la zone d’alimentation des tortues par un herbier invasif, aux cultures adjacentes…, pourraient également être des facteurs de l’expression et/ou de la transmission de la maladie.

Le rapport complet produit dans le cadre de l’étude de l’Association Evasion Tropicale sera prochainement disponible sur le site du RTMG.

Juliette Lainé – Association Evasion Tropicale