Nouveau-né désorienté par un éclairage public

Charte pour un éclairage raisonné en faveur des tortues marines

Dans les années 1980, le terme de « pollution lumineuse » était utilisé par les astronomes pour désigner la gêne causée par la lumière lors de leurs observations, on parlait alors de photopollution. Aujourd’hui, ce terme désigne la dégradation de l’environnement nocturne au sein de multiples disciplines dont la médecine, la biologie, la sociologie ou encore l’aménagement. En 2009, la pollution lumineuse a été législativement définie et reconnue comme une nuisance par le Grenelle I de l’environnement : « Les émissions de lumière artificielle de nature à présenter des dangers ou à causer un trouble excessif aux personnes, à la faune, à la flore ou aux écosystèmes, entraînant un gaspillage énergétique ou empêchant l’observation du ciel nocturne feront l’objet de mesures de prévention, de suppression ou de limitation ».

Lorsqu’elles regagnent la mer après avoir pondu, les femelles de tortues marines s’orientent en suivant l’horizon le plus lumineux, qui correspond en conditions naturelles à la mer, notamment du fait de la réverbération de la lune et de la blancheur de l’écume. Il en va de même pour les tortillons qui sortent du nid. Or, lorsque des éclairages inadaptés sont positionnés sur la plage ou à ses abords, les femelles et nouveau-nés suivent parfois ces sources lumineuses et se dirigent donc dans la mauvaise direction. Lors de ces désorientations, ils s’exposent à différents dangers tels que la déshydratation, la prédation ou la collision avec des véhicules. Outre ce phénomène de désorientation, les tortues sont sensibles aux lumières « blanches » et le dérangement occasionné peut les conduire à déserter purement et simplement un site de ponte.

Partant de ce constat, l’ONCFS a réalisé en 2014 le diagnostic de 114 plages guadeloupéennes dont 55 se sont révélées présenter des problématiques d’éclairage. Afin d’accompagner les gestionnaires de ces sites dans le cadre d’aménagements futurs est né le projet d’une charte consistant en une collaboration accrue des différents acteurs concernés. Cette charte a été signée le 24 juillet 2015 entre le Syndicat Mixte d’Electricité de Guadeloupe, l’Association des Maires de Guadeloupe et l’ONCFS, coordinateur du Plan de Restauration des Tortues Marines de Guadeloupe. Elle pose les principes d’un éclairage raisonné et donne des pistes techniques pour y parvenir. Gageons que ce partenariat permettra de préserver sur le long terme le littoral guadeloupéen et sa capacité d’accueil pour la ponte des tortues marines.

 

L’ONCFS tient à remercier vivement le Syndicat d’Electricité de Guadeloupe ainsi que l’Association des Maires de Guadeloupe en qui il a trouvé des partenaires dynamiques et sensibles aux enjeux environnementaux de notre archipel.

Nous remercions aussi chaleureusement les nombreux bénévoles du réseau qui sont régulièrement amenés à gérer sur le terrain des tortues en difficulté. Nous leur devons la connaissance en temps réel des problématiques de chaque plage.

 

Thomas Delhotal – ONCFS