La mangouste et la tortue

La Petite Mangouste indienne a été introduite volontairement en Guadeloupe en 1888 afin de lutter contre des rongeurs eux aussi introduits, comme les rats, qui ravageaient alors les plantations. Non seulement cette introduction n’a pas eu l’effet escompté mais elle s’est révélée particulièrement délétère pour la faune indigène – et parfois endémique. Cette espèce opportuniste est en effet capable d’adapter ses caractéristiques écologiques (régime alimentaire, habitats occupés) au milieu dans lequel elle est introduite, ce qui lui vaut d’être aujourd’hui classée parmi les 100 espèces les plus envahissantes au monde. Cette menace est d’autant plus prégnante sur les écosystèmes insulaires au sein desquels les mammifères prédateurs sont généralement rares, voire absents. Dès lors, les peuplements faunistiques indigènes ne développent pas, au fil de l’évolution, de parades adaptées à ce type de prédation et se retrouvent très vulnérables face aux nouvelles introductions.

En Guadeloupe, la Petite Mangouste indienne est notamment suspectée d’avoir contribué, avec d’autres mammifères prédateurs, à l’extinction du lézard Ameiva cineracea et à la quasi-extinction de deux espèces de couleuvres.

Dans les années 1990, de nombreuses prédations de nids de Tortues imbriquées par la mangouste avaient été constatées sur l’îlet Fajou, dans le Grand Cul-de-Sac Marin. En 2001, une importante campagne de piégeage a permis d’éradiquer la mangouste de l’îlet et de pérenniser les pontes de tortues. A cette époque, aucun autre cas de prédation de nid de tortue marine n’avait été recensé sur le reste de l’Archipel Guadeloupéen. Mais une dizaine d’années plus tard, les bénévoles du Réseau Tortues Marines de Guadeloupe ont constaté des cas de plus en plus nombreux de prédations de nids de tortues par la mangouste dans d’autres secteurs, au premier rang desquels le littoral de Port-Louis.

Afin d’améliorer les connaissances sur cette problématique et d’y apporter des solutions concrètes, l’ONCFS a accueilli de juin à septembre 2015 Cyril Cottaz, étudiant en Master I Gestion et Conservation de la Biodiversité à l’Université de Brest. Au cours de son stage, Cyril a suivi quasi-quotidiennement les pontes de tortues marines sur les plages de Port-Louis et y a relevé des taux de prédation par la mangouste atteignant, selon les secteurs, de 56 à 92 % des nids de tortues recensés!

Son travail a également permis d’obtenir de nombreuses informations sur les comportements de prédation des mangoustes (délai d’intervention après la ponte, horaires d’activité, nombre d’œufs prélevés par acte de prédation…) et de tester différentes méthodes de réduction de cet impact. Ainsi, des protections physiques (grilles) ont été disposées temporairement sur des nids et le principe « d’aversion gustative conditionnée » a également été testé : mise en place de faux œufs pimentés destinés à « dégoûter » les mangoustes de ce type d’aliment. Si ces méthodes ont apporté quelques résultats intéressants, c’est néanmoins le piégeage des individus qui apparait comme la solution la plus efficace. Après la capture de 37 mangoustes sur une partie de Port-Louis sud, plus aucune prédation de nids n’a été observée, même après plus d’un mois. Il est néanmoins probable que les mangoustes recolonisent ce secteur et que de nouvelles campagnes de piégeage doivent être entreprises, une éradication de l’espèce à l’échelle de la Guadeloupe restant illusoire à ce stade.

Alors que de nouveaux cas de prédation de nids par la mangouste ont été recensés dans d’autres secteurs de l’archipel, espérons que ce travail préliminaire permettra de mettre en place des actions conséquentes pour endiguer la menace.

Thomas Delhotal – ONCFS

Des élèves de Marie-Galante à la découverte des tortues

Le 2 octobre dernier, l’association Ecolambda et l’ONCFS étaient à Capesterre-de-Marie-Galante pour une journée de sensibilisation et de partage avec le Club Environnement du collège Nelson Mandel. Constitué à l’initiative d’André Le Dû, professeur, le Club Environnement regroupe aujourd’hui 28 élèves volontaires de toutes les classes (de la 6ème à la 3ème). Que ce soit lors de l’animation en salle ou du suivi de nuit qui s’en est suivi sur la plage des Galets, ces élèves passionnés se sont montrés aussi curieux que vaillants. Merci et bravo à eux ainsi qu’à leurs encadrants.

Témoignages des élèves

ONESTAS Fanita 4e2

La soirée était bien, on a appris beaucoup de choses : les tortues pondent des œufs amortisseurs parce que le trou est profond de 40 à 80 cm. Les bébés tortues doivent accélérer pour arriver à la mer car il y a beaucoup de prédateurs (crabes, oiseaux, braconniers, mangoustes quand ils sont encore dans les œufs). Et ils se musclent entre le nid et la mer, alors ne mettez jamais un bébé tortue à l’eau car il va se noyer.

C’est la température du nid qui détermine le sexe, moins de 29°C ce sont des mâles, et plus de 29°C ce sont des femelles. Sachant que la température n’est pas la même partout dans le nid.


BELLIARD Emric 4e2

Il y a 3 espèces de tortues marines qui viennent pondre en Guadeloupe mais celles qu’on aurait eu le plus de chances de voir à cette époque ce sont les tortues vertes.

Elles viennent pondre aux Galets. Il faut patrouiller avec des lampes rouges car les tortues les aperçoivent moins. Une pollution lumineuse qui les affecte beaucoup, les phares de voitures et les lampadaires des villes car elles sont désorientées et se dirigent vers la terre au lieu de retourner en mer.

Un bébé tortue sur mille arrive au large à l’âge adulte. Les mères tortues reviennent chaque année pondre au même endroit où elles sont nées. Ce qui pourrait expliquer ce phénomène est soit l’odorat de la tortues ou les ondes magnétiques : c’est encore assez inexpliqué.

Certaine choses sont interdites :

  • Toucher une tortue, prendre ses œufs, et toute atteinte aux tortues (passable d’un an de prison et 15 000 euros d’amendes) ;

  • De prendre des photos avec le flash ;

  • D’aider les bébés tortues car si on les prend et on les met direct dans la mer elles se noient car les bébés tortues apprennent à nager de leur œuf à la mer (ils développent leur musculature au niveau des nageoires).

Les tortues ne pondent pas toutes au même endroit, il y en a qui pondent plus prêt de la végétation, d’autres plus près de la mer.


CHUDET Awena 3e2

Aujourd’hui j’ai appris beaucoup de choses. Je sais qu’il y a 3 types de tortues qui viennent pondre sur les îles de la Guadeloupe mais j’ai été impressionnée par le nombre de tortues qui viennent pondre chaque jour sur nos plages. Lors de notre sortie aux Galets, j’ai pu apprendre que cette plage avait le plus grand nombre de pontes dans les Petites Antilles. Après quelques heures d’attente j’ai pu apercevoir une tortue verte de loin, on aurait dit un gros caillou qui se déplaçait. Cette sortie m’a particulièrement intéressée car plus tard je souhaite devenir océanographe ou biologiste marine.

D’autres choses m’ont impressionnée comme ces grands cratères que les tortues ont creusés. Même que des camarades sont tombés dedans, on a bien rigolé.

J’ai passé un bon moment avec mes amis à découvrir la faune et la flore des plages, des tortues !


MANIGEANS Lennyra 6e2

On a vu une tortue verte ce soir. Et il y a 3 sortes de tortues (imbriquée, verte et luth) qui viennent pondre sur nos côtes. Moïse, le guide d’Ecolambda, nous a informés que si on veut voir la tortue il faut faire silence. Et il protège les tortues. Maéva Poné de Guadeloupe 1ère a fait un reportage le soir mais elle n’a pas eu assez d’images pour le finir.


ADONAÏ Christya 6e2

J’ai trouvé une tortue verte lorsque je partais et une de mes camarades l’a fait fuir en criant.

J’ai trouvé une tortue mais pas très grosse alors qu’il y en avait d’autres qui étaient plus grosses.

Information : il ne faut pas de flash et plutôt une lumière rouge que blanche et il ne faut pas crier mais faire silence pour ne pas les effrayer. Et ne pas jeter des sachets plastiques car les tortues Luth les confondent avec des méduses et s’étouffent.


CASTANET Georgie 6e2

Moi j’ai vu une tortue verte d’un coup, je croyais que c’était une pierre qui bougeait mais j’ai demandé à Antoine ce que c’était et il m’a dit que c’était une tortue verte !


ROMAIN Emilie 5e1

Lors de cette sortie j’ai aimé voir : les traces de tortues quand la tortue a pondu ses œufs, quand une de mes camarades est tombée dans un trou de tortue ! J’ai adoré quand on a parlé de la nourriture des tortues et la discussion sur les 7 espèces de tortues marines mais chez nous, sur nos côtes il y a que 3 espèces de tortues (luth, verte, imbriquée).

Mais je n’ai pas aimé le soir car il y avait des orages et des éclairs !!


MALADIN Marylene 5e2

Nous sommes arrivés à la plage des Galets le soir. Ce qui m’a plu c’est quand notre guide Antoine nous a parlé des tortues et nous a posé des questions. Après quand nous sommes allés plus loin on a pu voir en attendant quelques minutes une tortue verte qui se déplaçait. Et ce qui m’a pas plu c’est les orages.


PETIT Lili 6e1

Quand Moise et Cyril nous ont dit qu’ils avaient vu une tortue mais qu’elle était retournée à l’eau, j’étais dégoutée. Après autant de temps sur la plage. Ils nous ont dit qu’elle allait revenir vu qu’elle n’avait pas pondu. Moi je pensais vraiment quelle ne ressortirait pas de l’eau car il y avait trop de monde. Mais quand j’ai su le lendemain qu’elle avait pondu à 01h30, ca m’a énervée. Mais c’est la nature, la prochaine fois je serai encore plus patiente.

Mais bon, j’en avais vu une la semaine précédente.


BRAUD Mahe 6e1

Enfin vers 23h30 on a réussi a voir une tortue qui creusait. C’était SUPER, elle creusait avec ses nageoires, il y avait plein de sable qui volait.


ROMAIN Naomi 6e1

Je suis contente d’avoir participé à cette sortie mais c’est dommage que je n’en ai pas vu. J’ai compris que c’était important de protéger les tortues. De ne pas polluer les plages et de ne pas gêner les tortues quand elles pondent.


EHRET Loryane 6e1

Moi je m’occupais de l’enregistrement sonore, j’ai les explications du guide, j’ai aussi enregistrer mes camarades. J’espère que je pourrai en faire un reportage pour la radio.

Nous nous sommes assis à la demande d’Antoine, le guide, et avons écouté les vagues en regardant au bout de la plage en espérant voir une tortue. Il ne fallait pas faire de bruit.

Un patrouilleur nous a dit qu’il y avait une tortue qui avait commencé à creuser. Nous allions par groupe de 5 la voir pour ne pas la déranger.

Quand nous allions partir avec mon papa, comme il faisait noir on a buté sur quelque chose, on croyait que c’était des sargasses, quand il a allumé son portable il a vu que c’était une tortue, elle montait en haut de la plage, tout doucement vu sa grosseur, énorme! Mais elle a eu peur et est retourné vers la mer.


BOLLICH Milla 6e1

Maintenant je sais reconnaître les traces de tortues, c’est comme ca que les patrouilleurs les repèrent la nuit.

Tiens, faudra que je demande comment on devient patrouilleur!

C’était super, il faut le refaire.

Rendez-vous est pris en Juin pour le début de saison de ponte des tortues sur nos plages.

Elèves du Club Environnement du collège Nelson Mandela de Capesterre de Marie-Galante / Thomas Delhotal – ONCFS

Retour à la mer pour Lolo

Le 14 août 2015, la jeune tortue verte Lolo a enfin pu rejoindre la mer en pleine forme. Lolo avait été recueillie par un pêcheur en mai dernier après avoir avalé un hameçon. Elle avait alors rapidement été prise en charge par le centre de soins et opérée par le vétérinaire référent.

C’est donc après presque trois mois de convalescence et de remise en forme que Lolo a regagné la mer depuis la plage de Clugny à Sainte-Rose. Près de deux cents personnes se sont réunies pour assister à l’évènement et apprendre de nombreuses informations sur les tortues marines grâce aux animations assurées par l’équipe d’IGREC MER (responsable du centre de soins), l’association Le GAIAC (référente du RTMG en nord Basse-Terre) et l’ONCFS (coordinateur du RTMG).

Nous souhaitons une longue et belle vie à Lolo!

Thomas Delhotal – ONCFS

 

 

Intimidation de bénévoles à Marie-Galante

Marie-Galante accueille chaque année d’importants effectifs de tortues marines en ponte et certaines de ses plages sont considérées comme des sites de pontes majeurs à l’échelle des Petites Antilles. Alors que de nombreuses personnes conjuguent leurs efforts pour assurer l’étude et la préservation des populations de tortues ainsi que la valorisation de ce patrimoine écotouristique remarquable, d’autres continuent de tuer ces animaux, pourtant protégés depuis presque 25 ans.

Le braconnage perdure en effet dans l’archipel guadeloupéen, pour la consommation de la viande et des œufs ou encore la récupération des écailles ou des carapaces.

Depuis une dizaine d’années, l’association Kap Natirel et ses écovolontaires assurent l’essentiel du suivi des pontes de Marie-Galante entre juin et août, en coordination avec l’association marie-galantaise Ecolambda. Cette présence soutenue sur les plages contribue certainement à limiter les actes de braconnage mais ne les empêche pas totalement.

Si braconniers et patrouilleurs bénévoles se croisent le plus souvent sans trop de heurts, il arrive néanmoins que les premiers tentent d’intimider les seconds. C’est ce qu’il s’est vraisemblablement passé à la fin du mois d’août dernier. Alors qu’ils étaient en suivi sur la plage des Galets à Capesterre de Marie-Galante, les bénévoles de Kap Natirel ont retrouvé les 8 pneus de leurs 2 véhicules crevés au couteau, laissant l’équipe isolée en pleine nuit sans moyen de communication ni de déplacement, sans compter le coût financier pour l’association.

L’attribution de cet acte à des braconniers ne peut être strictement affirmée à ce stade mais elle apparait néanmoins être le scénario le plus probable. Le vandalisme gratuit est en effet rare sur Marie-Galante, a fortiori dans un lieu aussi reculé.

Contrairement aux services de police de l’environnement, le rôle des patrouilleurs n’est pas d’intervenir face aux actes de braconnage, présumés ou avérés, mais de prendre plaisir à suivre et préserver les tortues marines.

Mais dès lors se pose un dilemme : faut-il céder aux tentatives d’intimidation au nom de la sécurité et laisser le champ libre aux braconniers ou bien continuer d’occuper le terrain ? La problématique n’est pas simple mais sa résolution durable ne pourra venir que d’une évolution globale des comportements et mentalités. L’identité des braconniers et leurs agissements sont en effet souvent connus de nombreuses personnes qui préfèrent se taire et laisser faire. Au risque de laisser détruire un patrimoine naturel exceptionnel…

ONCFS

 

Des enclos pour régénérer la forêt du littoral

La forêt du littoral est une véritable barrière de protection contre le vent, la houle et l’érosion des côtes. D’autre part, elle filtre les eaux affluentes dans le lagon. C’est aussi un réservoir de biodiversité. La ponte des tortues marines est dépendante de la présence de cette végétation d’arrière plage.

Pourtant certaines plages, très fréquentées, sont impactées par le piétinement, la pénétration de véhicules, la coupe de végétaux, ou encore le ratissage des feuilles. Toutes ces actions détériorent le sol et la forêt, qui ne se régénère plus et risque de disparaitre. C’est pourquoi l’Office National des Forêts, en partenariat avec le FEADER, le Conseil départemental de la Guadeloupe, l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage et Guadeloupe Port Caraïbes, a installé 40 enclos sur les plages d’anse Maurice de Petit-Canal, anse à la Gourde et anse Kahouanne de Saint-François, Petite-anse de Pointe-noire et Vieux-Fort de Marie-Galante.

Ces enclos protègent la régénération naturelle, agrémentée de quelques plantations. Ils permettent à la végétation de pousser sans perturbation et de reconstituer l’écran végétal favorable à la ponte des tortues marines.

ONF – Thibaut Foch

 

Appel à projet « Kozé toti » : Offre touristique autour des tortues marines en Guadeloupe

Depuis plusieurs années, les tortues marines suscitent la curiosité des guadeloupéens et des touristes désirant approcher ces animaux, que ce soit sur les plages avec les femelles en activité de ponte, ou dans l’eau pour les personnes qui cherchent à nager à leurs cotés. S’agissant d’espèces sensibles au dérangement, il convient d’envisager l’encadrement de ces activités économiques tout en intégrant la réglementation et les exigences de protection dans une perspective de pérennisation des initiatives de découvertes des tortues marines. Leur observation implique le respect de règles d’approche précises et seules quelques personnes habilitées et identifiées ont le droit de les toucher à des fins scientifiques.

L’ONCFS lance un appel à projets auprès des professionnels du tourisme, de l’accueil et de l’animation, afin de soutenir et promouvoir le développement d’activités touristiques responsables, durables et exemplaires, compatibles avec le respect des tortues marines et de leurs habitats.

Documents à télécharger :

Appel à projet « Kozé toti »

Dossier de candidature

Le dossier complet est à envoyer au plus tard le 30 septembre 2015 par mail.

 

Si besoin, vous pouvez solliciter un appui technique pour le montage de votre dossier de candidature.

Contacts

Antoine CHABROLLE

Coordinateur du Plan de Restauration des Tortues Marines de Guadeloupe

Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage

Chemin Boyer, Boisbert, 97129 Lamentin

Tél : 0590 99 23 52

Mobile : 0690 74 03 81

Courriel : antoine.chabrolle@oncfs.gouv.fr

 

Cecile LALLEMAND

Consultante en Tourisme et Environnement

Mobile : 0690 32 22 52

Courriel : cecile.lallemand@destination-eco.fr

Formation des marins-pêcheurs à la réanimation de tortues marines

Parmi les différentes menaces qui pèsent sur les tortues marines de Guadeloupe, les captures accidentelles par des engins de pêche arrivent en bonne place. On estime en effet qu’environ mille individus en sont victimes chaque année. Selon certains professionnels, ce chiffre pourrait être en-deçà de la réalité. Afin d’apporter des solutions à cette problématique, le Comité Régional des Pêches Maritimes et des Elevages Marins des Îles de Guadeloupe, en convention avec l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage, mène un programme d’actions opérationnelles intitulé « pêche professionnelle et tortues marines ». Les grands axes de ce programme concernent la sensibilisation des marins-pêcheurs, l’expérimentation d’engins de pêche moins impactants et la réanimation des tortues marines.

En effet, malgré leurs aptitudes à rester en apnée sur de longues durées (d’une demi-heure à plusieurs heures), les tortues ne peuvent naturellement pas restées immergées indéfiniment au risque de mourir noyées. C’est ce qui arrive lorsqu’elles sont prises au piège dans des engins de pêche (filets de fond notamment) dont elles ne peuvent se libérer seules. Le stress important engendré dans de tels cas diminue en outre leur capacité à rester en apnée. Ainsi, il arrive régulièrement que des pêcheurs trouvent des tortues mortes en relevant leurs filets, ceux-ci étant parfois rendus inutilisables par les débattements des tortues. Néanmoins, si l’immersion n’a pas été trop longue, il peut arriver que la tortue soit assez en forme pour être relâchée directement ou bien qu’elle soit dans un état de coma.

Dans ce dernier cas, une tentative de réanimation peut être entreprise par l’application d’un protocole efficace et précis. Ce protocole international a été adapté à la Guadeloupe/Martinique dans le cadre du programme d’actions opérationnelles. Ainsi, depuis début 2015, les pêcheurs professionnels de Guadeloupe ont la possibilité de se former volontairement à la réanimation des tortues marines capturées accidentellement. Des formations collectives sont organisées dans les différents ports de pêche de Guadeloupe avec l’aide de pêcheurs professionnels impliqués dans le programme d’actions opérationnelles. Il convient en effet de saluer l’engagement croissant des pêcheurs face à cette problématique.

A la suite de ces formations, assurées par la chargée de mission du programme d’actions opérationnelles, les pêcheurs professionnels volontaires obtiennent une autorisation préfectorale leur permettant de manipuler les tortues marines dans le cadre de la réanimation, ainsi qu’un « kit réanimation ». Cette formation comprend la diffusion d’un film et une démonstration pratique du protocole de réanimation sur une tortue factice. Elle permet aussi de riches échanges sur les interactions entre pêche et tortues marines. Des formations ont d’ores et déjà eu lieu au Gosier, à Saint-François, à Lauriscisque, à Trois-Rivières et aux Saintes. Ce sont ainsi trente deux pêcheurs professionnels qui ont déjà été formés. Les associations de pêcheurs professionnels continuent d’être sollicitées et d’autres sessions sont en préparation.

Pour en savoir plus, vous pouvez visionner les vidéos suivantes :

Film sur le protocole de réanimation

Film sur la pêche durable dans les îles de Guadeloupe

 Marie-France Bernard (CRPMEM-IG) / Thomas Delhotal (ONCFS)

Mise en place de la photo-identification des tortues marines en Guadeloupe

Dans le cadre d’un stage co-encadré par Kap Natirel et l’ONCFS, Emilie Higuero, étudiante de Master 2 à l’Université des Antilles et de la Guyane, a réalisé pendant 6 mois une étude sur la mise en place de la photo-identification comme méthode alternative de suivi des tortues vertes en alimentation en Guadeloupe. Ce travail a été rendu possible grâce à la collaboration de l’observatoire des tortues marines de La Réunion (Kélonia) qui a développé, avec l’IFREMER, une méthode standardisée de photo-identification des tortues marines à écailles qui utilise l’écaillure de leur profil de tête pour générer un code. Ce dernier, constitué d’une suite de chiffres, est unique pour chaque tortue rencontrée et n’évolue pas avec l’âge de l’animal.

Un partenariat a donc été signé pour développer cette étude à l’échelle des Antilles Françaises où Martinique et Guadeloupe ont amorcé ce protocole depuis le début de l’année 2015. Cette initiative s’inscrit dans le prolongement des suivis par balises satellites menés depuis 2010 au sein de l’archipel (programme SEATAG) et a notamment permis d’inventorier en Guadeloupe plus de 80 individus dans la seule baie de Malendure et une quinzaine d’individus dans la Réserve Naturelle de Petite-Terre de janvier à juin 2015. Grâce à la collaboration des acteurs du RTMG et à la collecte de leurs photos d’archives, notre base de données compte aujourd’hui 113 tortues vertes photoréférencées et de nombreuses tortues imbriquées à identifier prochainement.

Un grand merci à tous les bénévoles et membres du réseau qui ont collaboré dans le cadre de ce projet mais également aux encadrants: Sophie Bédel, Caroline Cestor, Antoine Chabrolle, Hélène Philipps, Gabriel Chabert, Sonia Marolany, Sylvie Rotger, Andrée Giroux, Nathalie Carisey, Yannick Bidon, Gwenaëlle, Anne-Claire Dolivet, Sandra Pédurthe, Romain Lengagne, Alexis Poupart, Evelyne Duhappart, Alex Zéni, Antoine Maestracci, Océane Beaufort, Max Sebe, Julien Athanase, Eric Delcroix, Léa Daures, Sophie Le Loc’h, Alain Goyeau, Claire Jeuffroy, Pierre Cahanier, Armelle Masson, Mélodie Caussat, Sophie Jacquin, Bruno Timmermans, Magalie Vanier.

Ce programme de suivi scientifique sur les tortues marines en alimentation est pratiqué par des personnes formées et disposant d’autorisations administratives pour l’approche et la photographie des tortues marines. Nous rappelons que les tortues marines sont des espèces protégées et que toute forme de dérangement est interdite.

KAP NATIREL -Emilie Higuero

Charte pour un éclairage raisonné en faveur des tortues marines

Dans les années 1980, le terme de « pollution lumineuse » était utilisé par les astronomes pour désigner la gêne causée par la lumière lors de leurs observations, on parlait alors de photopollution. Aujourd’hui, ce terme désigne la dégradation de l’environnement nocturne au sein de multiples disciplines dont la médecine, la biologie, la sociologie ou encore l’aménagement. En 2009, la pollution lumineuse a été législativement définie et reconnue comme une nuisance par le Grenelle I de l’environnement : « Les émissions de lumière artificielle de nature à présenter des dangers ou à causer un trouble excessif aux personnes, à la faune, à la flore ou aux écosystèmes, entraînant un gaspillage énergétique ou empêchant l’observation du ciel nocturne feront l’objet de mesures de prévention, de suppression ou de limitation ».

Lorsqu’elles regagnent la mer après avoir pondu, les femelles de tortues marines s’orientent en suivant l’horizon le plus lumineux, qui correspond en conditions naturelles à la mer, notamment du fait de la réverbération de la lune et de la blancheur de l’écume. Il en va de même pour les tortillons qui sortent du nid. Or, lorsque des éclairages inadaptés sont positionnés sur la plage ou à ses abords, les femelles et nouveau-nés suivent parfois ces sources lumineuses et se dirigent donc dans la mauvaise direction. Lors de ces désorientations, ils s’exposent à différents dangers tels que la déshydratation, la prédation ou la collision avec des véhicules. Outre ce phénomène de désorientation, les tortues sont sensibles aux lumières « blanches » et le dérangement occasionné peut les conduire à déserter purement et simplement un site de ponte.

Partant de ce constat, l’ONCFS a réalisé en 2014 le diagnostic de 114 plages guadeloupéennes dont 55 se sont révélées présenter des problématiques d’éclairage. Afin d’accompagner les gestionnaires de ces sites dans le cadre d’aménagements futurs est né le projet d’une charte consistant en une collaboration accrue des différents acteurs concernés. Cette charte a été signée le 24 juillet 2015 entre le Syndicat Mixte d’Electricité de Guadeloupe, l’Association des Maires de Guadeloupe et l’ONCFS, coordinateur du Plan de Restauration des Tortues Marines de Guadeloupe. Elle pose les principes d’un éclairage raisonné et donne des pistes techniques pour y parvenir. Gageons que ce partenariat permettra de préserver sur le long terme le littoral guadeloupéen et sa capacité d’accueil pour la ponte des tortues marines.

 

L’ONCFS tient à remercier vivement le Syndicat d’Electricité de Guadeloupe ainsi que l’Association des Maires de Guadeloupe en qui il a trouvé des partenaires dynamiques et sensibles aux enjeux environnementaux de notre archipel.

Nous remercions aussi chaleureusement les nombreux bénévoles du réseau qui sont régulièrement amenés à gérer sur le terrain des tortues en difficulté. Nous leur devons la connaissance en temps réel des problématiques de chaque plage.

 

Thomas Delhotal – ONCFS

La Fibropapillomatose des tortues marines en Guadeloupe

La Fibropapillomatose est un virus de la famille des herpès qui se propage en proportion épidémique sur plusieurs espèces de tortues marines à travers le monde. Décrite pour la première fois sur une tortue verte (Chelonia mydas) en Floride en 1938 (Smith et Coates 1938), la maladie se détecte par l’observation macroscopique de masses cutanées bourgeonnantes qui, selon leur localisation et leur ampleur, peuvent provoquer la mort des tortues.

Tortue verte morte en mars 2008 dans la baie du bourg de Bouillante et présentant des tumeurs dans les régions axillaires et inguinales, le cou et les yeux (photos Association Evasion Tropicale)

Dans les Caraïbes, l’expansion brutale de la maladie sur les tortues vertes survient au milieu des années 80, soit 5 ans après les épizooties survenues à Hawaï et en Floride (Williams et al. 1994). A Hawaï, le taux de tortues vertes atteintes de Fibropapillomatose est en effet passé de 26% à 53% en 10 ans. La gestion de la maladie en Guadeloupe apparaît donc primordiale. Un rapport faisant l’état des lieux des connaissances au niveau mondial et de la maladie en Guadeloupe a été commandé et financé par l’ONCFS.

En Guadeloupe, la maladie touche essentiellement la population de tortues vertes s’alimentant sur les herbiers de la Baie de Malendure. Sur ce site, l’Association Evasion Tropicale (AET) mène un suivi scientifique depuis 2003. Ces travaux révèlent une nette augmentation depuis 2011 du nombre de tortues vertes observées dans la baie (158 individus sont identifiés à ce jour) et un premier cas de Fibropapillomatose détecté en 2003. Le suivi individuel de chaque tortue par photographie des écaillures depuis la surface a permis de suivre l’évolution de la maladie. Entre 2012 et 2014, le nombre de tortues vertes atteintes de Fibropapillomatose est ainsi passé de 12.8% à 15.7%. Dans de nombreux cas (48% des cas), on observe une progression de la taille et du nombre de tumeurs au cours du temps.

Cas d’une évolution rapide de la maladie chez une tortue verte entre mai (à gauche) et octobre 2013 (à droite) (photos Association Evasion Tropicale)

Chez certains individus en revanche (24% des cas), la maladie régresse naturellement.

Cas d’une régression de la maladie chez une tortue verte entre avril 2013 (à gauche) et mai 2014 (à droite) (photos Association Evasion Tropicale)

Enfin, à un stade avancé de la maladie, l’activité des tortues est ralentie et leur carapace se couvre peu à peu d’algues.

L’individu 1007, observé en 2012 avec de grosses tumeurs à l’arrière du corps et dans les yeux, est retrouvé mort l’année suivante, pris accidentellement dans un filet . Le développement d’algues sur sa carapace témoigne de sa faible activité (photos Association Evasion Tropicale)

Depuis 5 ans, la Baie de Malendure connaît un accroissement de la fréquentation touristique et locale, générant une augmentation des nuisances sonores, des déchets plastiques et des polluants. L’écoulement récurrent des eaux usées et le ruissellement des eaux de pluie, associés à la croissance de l’urbanisation et de l’exploitation des alentours de la plage, à la colonisation de la zone d’alimentation des tortues par un herbier invasif, aux cultures adjacentes…, pourraient également être des facteurs de l’expression et/ou de la transmission de la maladie.

Le rapport complet produit dans le cadre de l’étude de l’Association Evasion Tropicale sera prochainement disponible sur le site du RTMG.

Juliette Lainé – Association Evasion Tropicale