Opération sauvetage : Anegada

Deux bonnes nouvelles !

Le centre de soin, géré par l’association IGREC Mer, est de nouveau opérationnel. Après une fermeture pour travaux et réaménagement, le centre peut de nouveau accueillir des pensionnaires pour permettre leur rétablissement. Et ça tombe bien, parce que la première pensionnaire est déjà là !


Une belle opération de sauvetage grâce au réseau

Dimanche 3 février, en fin d’après midi, un particulier alerte le réseau (via le numéro d’urgence, 06 90 74 03 81) car sur la plage de Roseau se trouve une petite tortue en difficulté : elle s’est échouée et est incapable de repartir à l’eau. Une patrouille de la gendarmerie, présente sur les lieux, veille sur la tortue en attendant l’arrivée de Caroline Cremades. Le vétérinaire de la clinique des Orchidées, le docteur Lévêque, qui a pris en charge plusieurs fois des tortues en l’absence de centre de soin, donne son accord pour un transfert de la tortue à son cabinet : le transport est organisé par les agents ONF, et les premiers soins administrés dès le dimanche soir.

La tortue est une tortue imbriquée juvénile, de 1.8 kg, très affaiblie et présentant des signes d’infection. La radio ne décèle aucune anomalie. Comme la tortue nécessite une convalescence, le centre de soin est sollicité pour prendre en charge la tortue, malgré le fait qu’il ne soit pas encore officiellement rouvert. Ce sera chose faite dès le mardi, et la jeune tortue, nommée Anegada, s’y repose actuellement. Elle s’alimente et commence à se rétablir, dès qu’elle sera suffisamment en forme elle sera remise dans son milieu naturel.

Merci aux particuliers sur la plage et aux gendarmes, aux agents ONF, au docteur Lévêque et au centre de soin pour cette belle opération de sauvetage !


Pour signaler une tortue en difficulté : numéro d’urgence RTMG 06 90 74 03 81 et/ou centre de soin de l’aquarium de Guadeloupe, 05 90 90 92 38.

Le RTMG : 20 années d’existence !

Le 9 juillet 1998 se tenait la première réunion de ce qui allait devenir le RTMG : à l’initiative de la DEAL, Olivier Lorvelec (association AEVA) réunit les différents acteurs qui travaillaient ou allaient travailler sur les tortues marines, pour une mise en commun des expériences et des moyens pour améliorer la situation des tortues marines. AEVA, l’association Évasion Tropicale, l’ONF (Réserve naturelle des îles de la Petite Terre), la réserve naturelle du Grand cul-de-sac marin (aujourd’hui Parc National de la Guadeloupe), la Brigade Mobile d’Intervention de l’ONC (aujourd’hui ONCFS), Fortuné Guiougou, l’aquarium du Gosier, la municipalité de Terre-de-Haut des Saintes, l’association Grenat (Saint-Barthélemy), ainsi que Jean Lescure, Jacques Fretey et Peter Pritchard, spécialistes reconnus des tortues marines : ces acteurs sont conscients des nombreuses menaces qui pèsent sur les tortues marines dans les eaux et sur les plages guadeloupéennes, malgré la protection intégrale dont elles bénéficient depuis 1991.

Suite à cette réunion, le projet est lancé, soutenu par la DEAL : rédaction d’un premier document sur les objectifs du réseau et ses moyens, formation de terrain sur Petite Terre, premier bilan et stratégie définie en 1999. La voie était ouverte, et les actions se sont ensuite multipliées, pour aboutir aujourd’hui à un vaste réseau d’acteurs à même d’intervenir sur toutes les thématiques du Plan National d’Action en faveur des tortues marines.

Depuis les premiers constats alarmants sur la diminution du nombre de tortues marines à la fin des années 1970, le lobby pour faire évoluer la législation sur le statut des tortues marines dans une période indépendantiste violente, la formation du groupe Karet, l’appui des pays voisins de la caraïbe via le WIDECAST et les premiers WAST (Western Atlantic Turtle Symposium) jusqu’à la création du réseau et les actions qui en ont découlé, il est important de rappeler que c’est grâce à la persévérance et à l’investissement sans faille d’une poignée de personnes que les tortues bénéficient aujourd’hui d’un statut de protection fort et d’un ensemble de moyens dédiés à leur conservation sur notre archipel.

Merci à Jacques Fretey, Olivier Lorvelec et Claudie Pavis pour le partage de cet historique et des photos !

Et pour consulter l’historique complet :

Pêche au Nicaragua

Tristes nouvelles en provenance du centre pour la recherche sur les tortues marines Archie Carr (ACCSTR) de l’université de Floride. Un programme monté depuis plusieurs décennies met en place la collecte des bagues de tortues pêchées le long de la côte caraïbe du Nicaragua, et certaines de ces tortues viennent de Guadeloupe : ce sont jusqu’à présent 15 bagues FWI qui ont été récupérées depuis 2006, qui correspondent à 10 tortues baguées sur nos plages.

Parmi ces tortues, quasiment toutes sont des tortues imbriquées : Auberte, Mélusine, Oufti, Cowabuga, Windia, Cheetah, et tout récemment Feuillette (baguée en 2013 sur Trois Ilets) et Mansu (baguée en 2012 sur les Galets), seule tortue verte de la liste. Ces deux dernières tortues ont été capturées en fin d’année 2017, et l’information est remontée à l’université de Floride en milieu d’année suivante.

La raison de ces captures : le Nicaragua a une pêche légale aux tortues vertes ouverte pendant 8 mois de l’année, uniquement à des fins de subsistance (fournissant un revenu et une nourriture directe aux pêcheurs et à leurs familles).  Malheureusement la réglementation de la pêche est peu appliquée, ce qui conduit à une pêche non durable et sur toute l’année. Bien que protégées, les tortues imbriquées et caouannes sont souvent capturées accidentellement dans des filets destinés à capturer des tortues vertes, en plus de subir du braconnage direct pour leur viande et l’utilisation de leurs écailles.

Selon une étude de Lagueux CJ, Campbell CL, Strindberg S (2014) sur les pêcheries du Nicaragua, entre 1991 et 2011 ce sont environ 8 000 tortues vertes par an qui ont été pêchées. Les herbiers marins (principale ressource alimentaire des tortues vertes) présents sur le vaste plateau continental au large de la côte caraïbe du Nicaragua seraient parmi les plus vastes des Caraïbes, voire du monde. En dépit d’une longue histoire d’exploitation par les communautés locales et les flottes étrangères, la côte caraïbe du Nicaragua est toujours une zone d’alimentation, de développement, de nidification ainsi qu’un couloir de migration pour ce qui a été estimé comme le plus grand regroupement alimentaire de tortues vertes de l’Atlantique. La baisse constatée du taux de capture dans la région est donc inquiétante, laissant penser à une surexploitation de la ressource dans cette zone, qui pourrait se répercuter sur les sites de ponte de la caraïbe.

Merci à l’université de Floride et aux pêcheurs locaux pour la transmission des informations, et pour le travail effectué pour trouver des solutions alternatives à la surpêche des tortues.

La plage d’anse de la Fontaine se refait une beauté

A Capesterre Belle Eau, la plage d’anse de la Fontaine, ou plage du cimetière des esclaves, fait l’objet d’une grande opération d’entretien. Ramassage des déchets (présents en quantité) et limitation du nombre de cocotiers sont effectués par les ouvriers de l’ONF, afin de rendre à cette plage sauvage son aspect naturel, et faciliter la ponte des tortues marines. Entre les déchets plastiques et les amas de palmes et de cocos, l’accès à la zone de ponte en haut de plage était devenu un vrai parcours du combattant pour elles !

Et les tortues marines affectionnent cette plage pour la ponte, que ce soit les tortues luths, vertes ou imbriquées : ce sont plus de 300 traces de pontes qui ont été observées sur cette plage, ce qui en fait le site de ponte le plus important de la côte au vent.

Deux offres de stages sur les PNA tortues marines et Iguane des Petites Antilles

L’office National des Forêts propose deux stages de 6 mois en 2019, un sur la gestion des espèces exotiques envahissantes et l’autre sur la protection des habitats majeurs des espèces visées par les deux plans d’actions, sur les tortues marines et l’Iguane des Petites Antilles.

Les deux propositions détaillées sont disponibles dans la rubrique « Emplois et stages » du site.

Des formations pour savoir intervenir sur une tortue marine

Échouages, tortues mortes ou blessées, prisonnières d’un filet de pêche, désorientées : les tortues marines en Guadeloupe sont régulièrement retrouvées en mauvaise posture, où l’intervention du RTMG est nécessaire.

Pour élargir ce réseau de personnes formées et habilitées à intervenir sur une tortue marine, l’équipe d’animation du PNA a proposé en septembre quatre sessions de formation à destination des brigades du littoral et des brigades nautiques. Ce sont ainsi 40 personnes de la gendarmerie, du SDIS, du Parc National, de la Direction de la Mer ou encore de l’ONF qui ont été formés à l’intervention sur une tortue marine, à terre ou en mer. Ces personnes seront donc à même d’intervenir sur un échouage, mais aussi de transmettre les bonnes consignes au public et de faire remonter toutes les informations utiles à l’équipe d’animation, pour toujours mieux cerner et quantifier les menaces pesant sur les tortues marines de Guadeloupe.

Merci à eux pour leur participation et leur implication !

Pour aller plus loin :

Reportage de Guadeloupe 1ère sur le sujet

– Les supports de la formation :

Le temps des émergences

Depuis mars, les tortues ont commencé à venir pondre sur nos plages et naturellement, après les pontes arrivent les émergences, c’est à dire la sortie du nid pour les toutes jeunes tortues.

Une sortie par étape…

L’émergence intervient après un temps d’incubation des œufs dans le sable compris entre 50 et 90 jours selon les espèces et la température du sable. L’éclosion a lieu dans le nid, sous le sable, il faut donc que les bébés tortues commencent par gravir les quelques dizaines de centimètres de sable qui protégeaient le nid.

Une fois la cohorte de tortues rassemblée à quelques centimètres sous la surface du sable, le signal de la sortie à l’air libre est donné par une diminution de la température du sable. Les nouveau-nés ne sont actifs que dans une fourchette de température restreinte : s’il fait trop chaud ou trop froid, le métabolisme des tortues ralentit jusqu’à empêcher tout mouvement. En remontant vers la surface, la température du sable augmente, ce qui freine l’activité des nouveau-nés. Ils ne redeviendront actifs qu’avec la baisse de la température, souvent en fin de journée ou la nuit, ou après une averse.

Et le plus souvent de nuit

L’avantage de cette sortie nocturne est que cela limite la prédation par les frégates, des oiseaux marins très friands de jeunes tortues, mais actifs uniquement la journée. D’autres prédateurs nocturnes peuvent s’attaquer aux tortues (bernard-l’hermite, crabes), mais ceux ci sont moins rapides et ne pourront pas capturer tous les nouveau-nés. Les plus vifs pourront donc parcourir la plage pour rejoindre la mer, en se guidant grâce à la luminosité naturelle de la mer et aux vibrations produites par les vagues.

C’est le début d’une longue épopée avant de pouvoir peut être un jour revenir sur cette plage pour pondre !

Attention, passage de tortillons !

Si vous avez la chance d’observer une émergence, ne perturbez pas les jeunes tortues. Les quelques mètres qu’ils effectuent sur le sable leurs permettent de s’imprégner des caractéristiques de la plage, et d’apprendre à coordonner leurs nageoires ; il faut donc laisser les jeunes tortues gagner la mer par eux même. S’ils semblent en difficulté, vous pouvez dégager l’espace devant eux ou éloigner les prédateurs éventuels, ainsi qu’éteindre ou masquer toute source de lumière artificielle qui pourrait les désorienter.

Pour rappel, les bons comportements à avoir face à des tortues : rencontre_tortue_marine

Merci aux bénévoles pour les signalements et les photos !

Opération sauvetage à Deshaies

Le 15 juillet dernier, une tortue verte en difficulté est signalée par un promeneur sur une plage de Deshaies. Alertée, l‘association le Gaïac s’est rendue sur place pour aider la tortue, qui était tombée dans une ravine creusée par le récent passage de l’onde tropicale Beryl.

La tortue, probablement piégée en essayant de creuser son nid la nuit précédente, était coincée dans des racines et branchages dont elle n’arrivait pas à sortir. Il a fallu les efforts conjugués des bénévoles du Gaïac et de deux promeneurs pour réussir à libérer et orienter vers la mer cette belle (et lourde !) tortue. Une fois libérée, et malgré la fatigue, la tortue s’est hâtée de retourner dans son élément, au grand soulagement de ses sauveteurs.

Une autre victoire en cette belle journée de coupe du monde ! Merci au Gaïac pour sa réactivité et la transmission des photos, et aux promeneurs pour l’alerte et l’aide apportée sur le terrain.

Le comptage trace : tout un art !

Tortue imbriquée ou tortue verte ? Ponte, pas ponte ? La nuit précédente, avant ? Mais qu’est ce qu’elle a fait cette tortue ?

Autant de questions que le patrouilleur est ou sera amené à se poser, face à une trace sur sa plage de suivis. Pour l’aider à y répondre, rien ne vaut l’expérience accumulée aux cours des saisons de suivis sur les plages, de l’observation des tortues et de leur comportement en ponte, parfois surprenant, toujours impressionnant.

Pour les nouveaux venus sur les plages, qui ne bénéficient pas encore de cette expérience terrain, trois sessions de formation théorique ont été organisées afin de leur dispenser les bases sur l’écologie des tortues, la méthodologie du suivi et les résultats qu’on en attend. Et pour la pratique, ne reste plus qu’à aller sur les plages, de bon matin ou de nuit, voir en pleine journée, ça peut être l’occasion de faire une rencontre inattendue !

Documentation disponible : Les tortues marines en Guadeloupe et Carnet_SuiviPonte_2018

Capture de mangoustes à Port Louis

La Petite Mangouste indienne a été introduite volontairement en Guadeloupe en 1888 afin de lutter contre des rongeurs eux aussi introduits, comme les rats, qui ravageaient alors les plantations. Non seulement cette introduction n’a pas eu l’effet escompté mais elle s’est révélée particulièrement délétère pour la faune indigène – et parfois endémique. En Guadeloupe, la Petite Mangouste indienne est notamment suspectée d’avoir contribué, avec d’autres mammifères prédateurs, à l’extinction du lézard Ameiva cineracea et à la quasi-extinction de deux espèces de couleuvres.

En ce qui concerne les tortues marines, la mangouste peut localement poser des problèmes en prédatant les nids. La situation avait d’abord été relevé sur l’îlet Fajou, et la mise en place d’une importante campagne de piégeage avait permis d’éradiquer la mangouste de l’îlet. Plus récemment, des cas similaires ont été signalés sur le littoral de Port Louis, conduisant à la tenue d’un stage sur la thématique en 2015 : Rapport Mangouste Cyril Cottaz

Parmi les différentes méthodes pour essayer de réduire l’impact de la présence de mangoustes (jusqu’à 90% des nids prédatés), le piégeage des individus est apparu comme la méthode la plus efficace puisque suite à la capture de 37 mangoustes, plus aucune prédation de nids n’avait été observée dans les mois suivants. Malheureusement, les mangoustes se déplacent et ont recolonisé le secteur de Port Louis.

Une nouvelle session de capture est donc mise en place, sous la forme d’un stage de trois mois. Alix Du Rour, étudiante en 1ère année de BTS Gestion et Protection de la Nature, est chargée de la mise en œuvre de ces captures durant son stage, sur le secteur de Port Louis Sud, ainsi que de la réalisation du suivi des pontes de tortues. Une formation à la capture a été au préalable dispensée par l’ONCFS, afin que les agents puissent participer à la campagne, côté Guadeloupe mais aussi Martinique, où la même problématique est présente.

Et en complément de ce stage, une étude est menée par Vivien Louppe, doctorant au Museum National d’Histoire Naturelle de Paris sur la mobilité de l’homme et son impact sur l’environnement par l’étude de la dispersion et de l’adaptation des carnivores sauvages invasifs aux Antilles. Dans ce cadre, une collaboration a été mise en place pour effectuer des prélèvements sur les mangoustes capturées, et pour la pose de pièges photos qui doivent permettre d’en savoir plus sur le comportement des mangoustes. Avec déjà quelques résultats :