tortue verte

100 millions d’années et bien plus encore

Les tortues marines parcourent les océans depuis des millions d’années. Malgré toutes les menaces qui pèsent sur elles, leur incroyable robustesse et les actions de conservation qui visent à les protéger pourraient leur permettre de continuer ainsi pendant les siècles à venir.

Le groupe des tortues marines s’est séparé de celui de ses cousines, les tortues terrestres, il y a 100 millions d’années. Depuis, elles ont survécu à l’astéroïde qui a fait disparaître les dinosaures il y a 66 millions d’années et elles ont réchappé à une extinction massive de la faune marine qui a eu lieu il y a deux millions d’années et qui a pratiquement divisé leur nombre par deux. Aujourd’hui, elles parcourent les océans, des zones tropicales aux zones tempérées et pondent sur tous les continents sauf l’Antarctique.

© 1990 Mark Hallett/Mark Hallett Paleoart

© 1990 Mark Hallett/Mark Hallett Paleoart

Jusque récemment, les populations de tortues marines étaient florissantes. En 1494, en arrivant à Cuba, lors de son second voyage, Christophe Colomb décrivit la mer comme grouillante de tortues, avec des individus de très grande taille. “Tellement nombreuses qu’il semblait que les bateaux allaient s’échouer dessus”. Certains scientifiques estiment qu’avant l’arrivée de Christophe Colomb, il y avait 91 millions de tortues vertes adultes dans les Caraïbes. C’est environ dix fois plus que le nombre estimé de tortues marines adultes, toutes espèces confondues, qui vivent dans les océans de nos jours.

Aujourd’hui, de la tortue de Kemp, pas plus large qu’un panneau de stop, à la tortue luth, qui peut être plus lourde qu’un ours polaire, six des sept espèces de tortues marines sont considérées vulnérables, en danger ou en danger critique d’extinction. Le statut de la septième espèce, la tortue à dos plat qui vit en Australie, est inconnu faute de données suffisantes.

Les menaces sont nombreuses, et beaucoup sont d’origine humaine. Le développement urbain sur le littoral diminue peu à peu l’espace disponible pour la ponte. Les éclairages mis en place sur les plages désorientent les tortues et les fait errer loin de la mer. Certaines se font écraser par des voitures. Les rejets toxiques et les produits phytosanitaires s’écoulent dans les eaux côtières. Les plastiques flottant dans la mer peuvent être ingérés comme par exemple les sacs plastiques qui ressemblent à des méduses pour une tortue luth. De nombreuses tortues marines meurent aussi noyées en étant capturées accidentellement dans les filets de pêche.

 Boca Raton, Floride (© 2016 Tim D. Williamson)

« Plage de ponte de tortues – Eclairage public éteint de mars à octobre » Boca Raton, Floride (© 2016 Tim D. Williamson)

Malgré cela, il semble que les tortues marines sont plus résistantes que ce qu’on aurait pu croire. Cette année, des scientifiques ont montré que les populations de tortues protégées pas le U.S Endangered Species Act étaient en augmentation. La population de tortues vertes d’Hawaii, en péril depuis longtemps, se restore bien plus vite qu’attendu. La conservation des tortues marines a fait de grandes avancées au cours des dernières décennies. En Floride et à Hawaii, les hôtels de bord de mer réduisent leurs éclairages sur la plage. Plusieurs dispositifs permettant d’éviter la capture accidentelle de tortues dans les filets de pêche ont aidé à sauver la tortue de Kemp au Mexique et la tortue caouanne dans l’Atlantique et sont testés dans d’autres zones.

En 100 millions d’années, les tortues ont développé des stratégies pour survivre aux périodes difficiles. Elles sont capables de ralentir leur métabolisme et de passer des mois sans manger. Certaines femelles arrêtent de se reproduire pour ne reprendre que des années plus tard ou changent de plage de ponte. Une nouvelle étude montre aussi que lorsque les populations sont faibles, les mâles peuvent se reproduire avec de nombreuses femelles.

Les tortues marines ont une grande capacité d’adaptation. Ainsi, bien qu’il soit possible que certaines populations s’éteignent localement dans les décennies à venir, parmi toutes les espèces menacées, les tortues marines ont de bonnes chances de s’en sortir avec l’aide des personnes qui œuvrent à leur conservation.

Ce texte est inspiré d’un article de Craig Welch pour National Geographic intitulé « Sea turtles are surviving – despite us » disponible gratuitement en ligne via ce lien (les photos sont magnifiques !).